Publié le
16/10/2026
Temps de lecture
5 minutes
Communication de l’État : les territoires d’Outre-mer réclament des garanties pour un égal accès aux campagnes nationales
À quelques mois de l’entrée en vigueur de la réforme de la communication de l’État, prévue en janvier 2027, Soufyaan Babaï (cofondateur de l’agence Les sales gosses), président du Club Outre-mer de l’AACC, Mario Lechat (groupe Cirano), président de la SPADOM (Syndicat des professionnels de l’audiovisuel d’Outremer) et 11 sénatrices et sénateurs demandent au gouvernement trois garanties pour assurer l’inclusion des territoires ultramarins dans les campagnes nationales. Dans une tribune collective, ils soutiennent les objectifs de sobriété, de lisibilité et d’efficacité de la réforme, mais alertent sur le risque d’une marginalisation des Outre-mer.
Un enjeu d’égalité pour 2,8 millions de Français
Les territoires ultramarins représentent près de 2,8 millions d’habitants, soit 4 % de la population française, mais leurs médias ne captent que 0,2% des dépenses
publicitaires de l’État, selon l’Observatoire de la publicité DOM 2025 (Média Conseil). Un déséquilibre qui se traduit par un accès limité aux campagnes nationales d’information, notamment sur les enjeux de santé, de prévention et d’accès aux droits. Alors que le budget national annoncé pour la communication de l’État s’établit à 700 millions d’euros, les signataires demandent qu’une enveloppe minimale de 28 millions d’euros soit consacrée aux Outre-mer. Cette mobilisation
fait suite à un courrier adressé début septembre au Premier ministre par la sénatrice Audrey Bélim, l’AACC et le SPADOM, pour alerter sur les conséquences de
la réforme dans les Outre-mer.
Trois garanties demandées au gouvernement
Pour assurer une communication publique réellement nationale, les signataires formulent trois demandes :
- Un budget dédié et protégé d’au moins 28 millions d’euros pour les Outremer, tenant compte du poids démographique et des spécificités de chaque territoire, avec une publication annuelle des dépenses engagées.
- L’intégration obligatoire des médias ultramarins dans les campagnes nationales, dès leur conception, avec des moyens adaptés à leur diffusion locale.
- L’association des professionnels locaux de la communication aux nouvelles structures de communication de l’État, afin de concevoir des messages adaptés aux réalités et aux publics de chaque territoire.
Retrouvez la tribune ci-dessous.
UNE CAMPAGNE NATIONALE QUI OUBLIE LES OUTRE-MER N’EST PAS UNE CAMPAGNE NATIONALE
Le Gouvernement a engagé une réforme de la communication de l’État : rendre la parole publique plus sobre, plus lisible et plus efficace.
Cette réforme doit être l’occasion de réparer une rupture d’égalité ancienne : l’exclusion des Outre-mer des grandes campagnes nationales d’information.
Depuis des décennies, les territoires ultramarins bénéficient rarement de campagnes nationales complètes, conçues, financées et diffusées à la même échelle que dans l’Hexagone. Nos concitoyens sont moins bien informés sur leurs droits, les risques sanitaires et sociaux ou encore les comportements de prévention à adopter.
Malgré des alertes répétées, aucun mécanisme pérenne ne garantit l’inclusion des Outre-mer dans la communication gouvernementale.
Les Outre-mer rassemblent près de 2,8 millions d’habitants, soit environ 4 % de la population française. Rapporté au nouveau budget national annoncé de 700 millions d’euros, leur poids démographique représenterait un socle minimal de 28 millions d’euros. Il constitue un plancher d’équité, qui devrait être renforcé pour tenir compte des réalités sanitaires, sociales, climatiques et géographiques de chaque territoire.
La communication publique est un outil de prévention et de protection : elle informe, alerte et peut sauver des vies. La réduction annoncée de 300 millions d’euros des dépenses de communication risque de faire des territoires déjà insuffisamment couverts une nouvelle variable d’ajustement budgétaire.
Trois garanties pour une réforme réellement nationale
La première est la création d’une enveloppe ultramarine territorialisée, identifiée et protégée, attribuée aux bureaux uniques de communication de l’État créés par la circulaire du 25 août 2026 au sein des préfectures des DROM-COM, couvrant la conception, la production et la diffusion des campagnes. Son montant ne devra pas être inférieur au poids démographique des populations concernées et devra être majoré selon les vulnérabilités de chaque territoire. Les dépenses engagées devront être rendues publiques chaque année, territoire par territoire.
La deuxième est l’inclusion obligatoire des médias ultramarins dans les mandats nationaux d’achat média. Toute campagne portant sur une politique publique applicable ou sur un enjeu pertinent dans les Outre-mer devra intégrer, dès sa conception, un volet ultramarin adapté et financé.
La troisième est l’association des agences, producteurs, régies et médias locaux aux nouvelles structures de communication de l’État. Leur expertise est indispensable pour adapter les messages et choisir les canaux permettant de toucher réellement les publics.
Une campagne nationale qui ne touche pas plusieurs millions de citoyens français ne peut être considérée comme pleinement nationale. Mais la sobriété ne peut servir de prétexte à l’effacement des Outre-mer.
Informer tous les citoyens de la République, où qu’ils vivent, n’est ni une faveur ni une option budgétaire. C’est une exigence d’égalité républicaine.
Signataires :
Mario LECHAT, Président du Syndicat des Professionnels de l’Audiovisuel d’Outre-Mer (SPADOM)
Soufyaan BABAÏ, Président du Club Association des Agences Conseils et Création Outre-Mer (AACC OM)
Audrey BÉLIM, Sénatrice de La Réunion
Viviane ARTIGALAS, Sénatrice des Hautes-Pyrénées
Olivier BITZ, Sénateur de l’Orne
Catherine CONCONNE, Sénatrice de la Martinique
Évelyne CORBIÈRE NAMINZO, Sénatrice de La Réunion
Stéphane FOUASSIN, Sénateur de La Réunion
Victorin LUREL, Sénateur de la Guadeloupe, ancien ministre
Akli MELLOULI, Sénateur du Val-de-Marne
Rachid TEMAL, Sénateur du Val-d’Oise
Michaël WEBER, Sénateur de la Moselle
Micheline JACQUES, Sénatrice de Saint-Barthélemy