Publié le
27/05/2026
Temps de lecture
10 minutes
Programme IIN : former les talents de demain, un brief à la fois
Qu’est-ce qu’on apprend vraiment quand on entre pour la première fois dans une agence ? Et qu’est-ce qu’on (re)découvre, quand on prend le temps d’accompagner quelqu’un qui débute ? Entre Farah El Feghali, executive creative director chez McCann Paris, Leslie Ngia et Chloé Porta, directrices artistiques junior, c’est toute la richesse d’une transmission à double sens qui se dessine.
Tous trois ont accepté de parler de leur expérience, chacun à sa façon : la fierté de voir éclore des talents pour l’un, la découverte d’un métier dans toute sa complexité créative pour les autres. Un témoignage à trois voix sur ce que le programme IIN change vraiment, pour les individus, les équipes, et les agences qui choisissent de s’y engager.
Farah, tu connais le programme IIN depuis sa sa création, qu’est-ce qui t’a convaincu au départ d’accueillir des jeunes en formation ?
C’est une décision qui est venue de l’agence dans son ensemble et notamment d’Ouria Yazid, notre DRH, qui porte ce sujet avec une vraie conviction. Mais à titre personnel, c’est aussi quelque chose qui me touche profondément. J’ai un parcours lié à l’immigration, et j’ai mis du temps à trouver ma place dans ce milieu. J’ai dû travailler deux fois plus pour prouver deux fois autant. Alors quand je peux contribuer à rendre le chemin un peu moins escarpé pour des jeunes qui n’ont pas forcément les mêmes réseaux ou les mêmes points de départ, je le fais. Ce n’est pas de la philanthropie, c’est une évidence.
Comment leur arrivée a impacté les équipes créatives ?
Leur arrivée a injecté de nouveaux points de vue et c’est exactement ce dont une agence a besoin. Quand tout le monde a fait les mêmes écoles, fréquenté les mêmes cercles, consommé les mêmes références, on finit par penser pareil sans s’en rendre compte. Ces jeunes arrivent avec d’autres cultures visuelles, d’autres intuitions et d’autres manières de lire un message. Et parfois, c’est ce regard-là non conditionné qui pose la question qui change tout.
Concrètement ça se passe comment l’intégration d’un·e jeune IIN ?
On n’a pas de protocole d’intégration spécifique et c’est voulu. Ce sont des jeunes professionnels, pas des invités surprises. Ils arrivent, ils ont leur matériel, des briefs, des collègues. Le reste se passe naturellement. On ne fait pas de cas particulier parce qu’il n’y a pas de raison d’en faire un et c’est peut-être ça, la meilleure forme d’accueil.
Hard skills ou soft skills, quel est le plus important pour les profils créatifs ?
Ce qui m’intéresse avant tout, c’est le point de vue. Est-ce que cette personne a quelque chose à dire ? Est-ce qu’elle pense par elle-même ou est-ce qu’elle attend qu’on lui dise quoi penser ? Les hard skills, ça s’acquiert avec le temps et l’expérience. Ce n’est pas une question de talent inné, c’est une question de pratique. Mais avoir une curiosité insatiable, un regard singulier, une opinion qu’on défend, une manière à soi de voir les choses, ça, ça ne s’enseigne pas. Je préfère un point de vue mal exécuté à une exécution parfaite qui ne dit rien.
Quel a été le plus grand bénéfice pour l’agence ?
Ils nous ont aidé à relativiser. On vit dans une bulle dans ce milieu. On finit par croire que nos obsessions sont universelles, que tout le monde suit les mêmes tendances, réagit aux mêmes codes. Ces jeunes arrivent avec un rapport différent à la publicité, aux marques, aux médias et ça remet les pendules à l’heure. C’est un avantage compétitif réel, à condition d’avoir l’humilité de les écouter.
Qu’as-tu appris sur le plan pro ou perso au cours de cette expérience ?
Deux choses. D’abord, que transmettre oblige à clarifier ce qu’on fait vraiment. Expliquer un choix créatif plutôt que d’aller à l’instinct, c’est inconfortable, et c’est exactement ce dont on a besoin. Et ensuite, que tout le monde n’est pas motivé par les mêmes choses. Chaque personne a ses propres moteurs, ses propres envies, ses propres déclencheurs. En tant que manager, ta mission est de les trouver. Pas d’imposer ta manière de fonctionner mais de comprendre la leur.
Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à un·e jeune qui cherche sa voie ?
Arrête d’attendre d’être prêt/e. Tu ne le seras jamais tout à fait et ce n’est pas grave. Mais surtout : quand tu débutes, tu n’as rien à perdre. Et quand tu n’as rien à perdre, tu peux tout oser. Envoie un message à la personne avec qui tu as envie de travailler. Lance un vlog, une newsletter, une série TikTok, un projet qui n’existe nulle part ailleurs. La vie est trop courte pour ne pas faire ce dans quoi tu excelles. Mets-toi en avant sans t’excuser. Ce que les gens en poste établi hésitent à faire parce qu’ils ont des positions à protéger, toi tu peux le faire librement. C’est une force. Utilise-la.
Leslie et Chloé, vous êtes toutes les deux issues de la promo IIN 2 et vous avez continué l’une en alternance et l’autre en poste chez McCann. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre parcours ?
Leslie : J’ai d’abord suivi une licence de Lettres Modernes dans le but de devenir journaliste tout en pratiquant un peu de création digitale et de graphisme à mes heures perdues. Ce qui est drôle c’est que j’ai failli faire une IUT en information communication option publicité mais j’ai fini par choisir les lettres. Arrivée à la fin de mon cursus, j’ai eu besoin d’une pause et suis tombée à pic sur la formation IIN, qu’une amie m’avait fortement recommandée. Suite à cette formation, j’ai découvert le riche milieu qu’est la publicité et j’ai fini par suivre cette voie créative, aujourd’hui au travers d’un master en DA et design graphique et bientôt en tant que full time créative je l’espère.
Chloé : J’ai un parcours qui n’est pas vraiment, à vrai dire pas du tout, relié au milieu de la pub. J’étais créative mais dans un tout autre domaine. Avant de connaître le programme IIN et le monde de la pub, je finissais mon Bachelor en Game ART, avec cette intention d’élargir mes horizons. J’ai effectué des stages en tant que graphiste ici et là, en découvrant le métier un peu sur le tas, puis j’ai découvert cette formation grâce à laquelle je suis maintenant Directrice Artistique junior chez McCann Paris.
Que vous apporte le programme IIN ?
Chloé : Le programme IIN m’a vraiment permis de connaître tout un secteur dont j’ignorais tout, et surtout dans lequel je ne me projetais pas. De plus, la formation nous a apporté le soutien nécessaire et les bons contacts pour nous offrir cette chance de pouvoir poser les pieds en agence.
Leslie : En tant qu’alumni j’atteste que ça ouvre une véritable porte et première approche solide sur le milieu créatif qu’est la publicité. Quand on ne connaît pas ce milieu, on est loin de se douter de la richesse de pôle dont il est constitué.
Est-ce qu’il y a une journée type en agence ?
Leslie : Pas vraiment et c’est ce qui est bien dans la publicité. Aucun jour ne se ressemble vraiment un jour on peut-être sur un nouveau brief à passer la journée à chercher des big ideas, une autre à chercher des idées pour le social media, une autre plus à crafter des brand books et faire de la mise en page, dépendant de l’avancement des projets.
Chloé : Je dirais oui et non, car une journée type est tout sauf une journée type. On travaille sur plusieurs budgets différents, sur des campagnes différentes, un jour sur l’un, un jour sur l’autre, un jour sur les deux, etc…
C’est un quotidien que l’on pourrait qualifier d’effervescent, les idées et les créations fusent. C’est stimulant !
Une anecdote, un projet ou quelque chose qui vous a particulièrement marquées ?
Leslie : Parfois les idées aussi grandioses et créatives qu’elles peuvent être ne sortent pas toujours.
Chloé: Je pense directement à cette période où l’on travaillait pour cette campagne qui a été shortlisté à Cannes. En plus d’être inspirante, j’ai beaucoup appris pendant cette campagne.
Est-ce que le contact avec des professionnels a changé ta vision du métier ?
Chloé : Étant donné que je ne connaissais pas du tout le milieu, je pouvais me faire une idée de la profession, mais j’ai pu découvrir que c’était beaucoup plus divers que ce que je pensais. On en apprend beaucoup sur tellement de choses différentes en travaillant sur les campagnes avec tout le monde.
Leslie : Clairement. C’est enrichissant de voir les différentes manières d’aborder le métier, chacun à son approche et c’est ce qui en fait la beauté et c’est inspirant.
Qu’as-tu appris sur le plan pro ou perso au cours de cette expérience ?
Leslie : J’ai appris qu’il est important de savoir dissocier et d’être constamment dans une attitude d’humilité tout en sachant “protéger” et défendre sa vision et ses idées. Dissocier car ce n’est pas toujours évident lorsque l’on fait un métier passion, notre cerveau se nourrit constamment de ce qui nous entoure et ce qu’il voit à des fins créatifs, si on ne sait pas poser des limites ou faire des pauses et se déconnecter cela peut devenir épuisant. Et l’humilité car il faut prendre un recul sur ses “idées”, dans ce milieu les idées n’appartiennent à personne, à partir du moment où on est plusieurs sur un projet celui ci peut être vue, et revu mais quand on a une certaine vision par rapport à une idée énoncé et qu’on y tient il faut d’une part savoir la défendre et d’une autre parfois aussi lâcher prise, c’est comme ça qu’on parvient à produire de belles choses.
Chloé : Il y a des périodes qui sont très intenses, mais en même temps, elles sont très enrichissantes. Tout va assez vite et les idées se bousculent. Des fois c’est dans ces moments plus stressant que l’on se surprend.
Des conseils à donner à un·e jeune qui souhaite bosser en agence ?
Chloé : Je pense que la réalisa;on de ses rêves doit être l’une des priorités d’une vie. Si travailler en agence en est un, fonce ! Ça va sûrement être bateau, mais avec beaucoup de motivation et d’envie, on approche de plus en plus de ce que l’on veut. Puis, n’hésite pas à parler avec des personnes du milieu. Elles sauront t’aiguiller et puis le contact est important dans n’importe quel milieu.
Leslie : D’être polyvalent, enrichir ses connaissances dans de multiples domaines et d’être audacieux.
Quels sont vos projets pour la suite ?
Leslie : De réaliser des campagnes inspirantes et encore mieux, primées !
Chloé : En apprendre encore plus sur le métier, voir de plus en plus de belles campagnes sortir et passer de Junior à Middle !