Publié le

19/05/2026

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La production audiovisuelle à l’heure de l’IA

Quels sont les enjeux de l’intelligence artificielle pour la production audiovisuelle ? Comment impacte-telle la création ? Est-ce qu’elle crée des passerelles entre les différentes disciplines ?

Lors d’une session Open Club, le Club Production de l’AACC a invité Raphaël Frydman, réalisateur, auteur et fondateur d’ARSHAV, et Elisha Karmitz, CEO de mk2, à échanger avec ses membres sur le thème de la production audiovisuelle à l’heure de l’intelligence artificielle.

Retrouvez leur interview ci-dessous.

Quel est le bénéfice de l’IA pour la création ?  

Raphaël Frydman :  Elle offre quelque chose qui n’était pas possible auparavant et qu’on pouvait envier aux peintres, aux écrivains, aux sculpteurs, etc. C’est le fait de pouvoir fabriquer de l’image et du son en mouvement, sans apport financier considérable, que ce soit un produit fini ou une maquette pour embarquer vers un projet plus ambitieux, financièrement en tout cas, l’IA permet ça. Aujourd’hui, c’est quelque chose de très nouveau pour les réalisateurs.  

Elisha Karmitz :  Pour moi, l’un de ses plus grands bénéfices, c’est l’accès. Cela permet à des gens qui n’auraient pas accès à des moyens techniques de, tout d’un coup, avoir accès à toute une série d’outils qui leur permettent de mettre leurs idées en forme, en visualisation, et ainsi, de pouvoir bénéficier justement d’une visibilité qu’ils n’auraient pas eue auparavant.  

On parle beaucoup d’hybridation aujourd’hui. Qu’en pensez-vous ?  

R.F. : L’IA, dans sa façon de fonctionner, travaille déjà par hybridation car pour qu’elle devienne intéressante, il faut une multitude de référents culturels, et il faut jouer avec, comme dans un collage. C’est un outil qui va nous permettre de travailler différemment tous ensemble et donc, de fait, d’hybrider les talents.  

E.K. :  Il faut se rappeler que, par le passé, les domaines, notamment culturels étaient extrêmement cloisonnés. À de rares exceptions près, on ne s’autorisait pas et on n’autorisait pas aux artistes de pouvoir hybrider leur création, à savoir fusionner certains éléments ensemble.  
L’IA, à ce titre-là, je pense, c’est en effet un accélérateur. Je vais prendre un exemple : parlons de Rosalía. Est-ce que Rosalía, c’est juste un album de musique, ou est-ce qu’en fait c’est une œuvre hybride dans laquelle il y a tout un univers, tout un monde dans lequel le spectacle et le show est un concert, mais on pourrait aussi le rapprocher d’un opéra et où, en fait, toutes les catégories dans lesquelles on range certains contenus explosent, face au génie d’une artiste qui hybride dans une intention, qui est de partager des émotions en commun avec d’autres artistes, et surtout avec le public.  

   

L’IA crée-t-elle des ponts entre les différentes disciplines ?  

R.F. : De fait, déjà, l’IA nous pose à nous tous le même type de questions : quelle est notre valeur ajoutée ? Quel est notre intérêt d’un point de vue créatif dans nos collaborations ? Et évidemment, sur la question du cinéma et des marques, elle pose la question de repenser les formats. Évidemment, elle nous pousse, nous en tant qu’humains, à prendre des chemins de traverse et donc, de fait, à hybrider et à multiplier les rencontres et les croisements.  

E.K. : Dans le monde d’aujourd’hui, on voit qu’il y a une convergence de toute une série à la fois de technologies, de pratiques artistiques, de pratiques sociétales qui permettent, notamment, quand on parle d’une œuvre, de mettre au centre une intention artistique avec des éléments qui la caractérisent, un récit, mais où ensuite viennent converger et s’hybrider toute une série de médiums qui permettent de l’exprimer.  
Ça a toujours été possible. Mais avant, c’était l’apanage des très grandes entreprises et de certaines grandes entreprises de cinéma, Disney, par exemple, pour ne pas la citer. Aujourd’hui, je pense qu’il y a la possibilité de créer cette convergence et cette hybridation qui, grâce à certains outils, est plus accessible au plus grand nombre.  

   

Qu’est-ce qu’une IA éthique d’après vous ?  

R.F. : C’est une IA qui respecterait le droit d’auteur et le travail des artistes ou le travail des personnes, des techniciens qui ont permis de créer des images sur lesquelles elle s’entraîne. C’est une IA qui respecterait l’écologie dans les ressources qu’elle utilise pour être fabriquée. Et évidemment, c’est une IA qui respecterait, on va dire, le droit à l’image, y compris sur la question des visages qui sont utilisés.  

E.K. : Je pense qu’une IA éthique serait une IA open source. Une IA qui, dans son approche, aurait un respect de la volonté de chacun. Une IA qui, dans son mode de gouvernance, laisserait une place aux citoyens dans les règles, des outils et des paramètres qu’elle fixe. Je pense qu’une IA, demain, est un bien commun, qu’elle sera nécessaire au même titre que l’accès au réseau, à l’informatique, à l’eau ou à l’énergie. Et à ce titre, je crois qu’aujourd’hui on court le risque de laisser l’IA dans les mains de trop peu de personnes, et que la rendre plus éthique commencerait par la rendre déjà plus collective.